Debord : notes

Chapitre « 1971 »
pages   1 2 3 4 5  6
Chapitre « Une petite situation sans avenir »
pages 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35
Chapitre « Le spectacle continue »
pages 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64
Chapitre « Riflusso »
pages 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 88 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100
Chapitre « 2021 »
pages 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119
Chapitre « Aux archives Guy Debord »
pages 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 31 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150
Quatrième de couverture

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La chanson Working Class Hero figure sur l’album de John Lennon John Lennon/Plastic Ono Band, Apple Records, 1970.

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« Pas de dialogue... » : tract « contre quelques débris d’une nuance stalinienne du surréalisme », Conseil central de l’I. S. (Jan Strijbosch & Raoul Vaneigem), 27 février 1963. Pour d’autres insultes, voir la lettre à Antoine Gallimard du 16 janv. 1969 in Debord, Correspondance, vol. 4 : janvier 1969 - décembre 1972, Paris, Arthème Fayard, 2004. Les situationnistes ont aussi pratiqué l’insulte scatologique, l’exemple le plus représentatif se trouvant dans la lettre à Morea Ben du 21 déc. 1967 in Debord, Correspondance, vol. "0" : septembre 1951 - juillet 1957, Paris, Arthème Fayard, 2010. L’héroïsme dans le travail est plutôt à chercher dans le « stoïcisme pratique du paysan » face à l’imprévisibilité de la nature, tel que le décrivait Virgile : cf. Richard Sennett, Le Travail sans qualités. Les conséquences humaines de la flexibilité (1998), Paris, Albin Michel (10/18), 2000, p. 141.

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La chanson Fensch Vallée figure sur l’album de Bernard Lavilliers Les Barbares, Disques Barclay, 1976.

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Le bédéiste Baru, né lui aussi dans cet univers, le dépeint dans ses premiers albums, réédités par Albin Michel au début des années 1990 (Roulez jeunesse ; La Piscine de Micheville).

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Néo-bière : « Réfutation de tous les jugements, tant élogieux qu'hostiles, qui ont été jusqu'ici portés sur le film “La Société du spectacle” » (1975), GDO, p. 1293.

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L’Héritier est un film de Philippe Labro sorti en 1972, et Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter) un film de Michael Cimino sorti en 1978..

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La formule « Godard, le plus con des Suisses pro-chinois » est souvent attribuée, sur internet et dans l’imaginaire commun, à Debord, mais à tort. Une première version figure dans le texte de René Viénet « Les situationnistes et les nouvelles formes d’action contre la politique et l’art » paru dans le n°11 d’Internationale situationniste [par la suite : I. S.] en octobre 1967 : « Godard, le plus célèbre des Suisses pro-chinois, ne pourra jamais les comprendre. Il (…) ne pourra jamais faire autre chose qu’agiter des petites nouveautés prises ailleurs, des images ou des mots-vedettes de l’époque, et qui ont à coup sûr une résonnance, mais qu’il ne peut saisir ». Puis la forme définitive apparaîtra sous forme d’un graffiti parmi ceux que produisait en mai 68, sur les murs de la Sorbonne, le Conseil pour le Maintien Des Occupations (CMDO, voir p. xx) dont était membre Viénet.

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« Il regrettait... de belles choses » : phrase empruntée à Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, partie II, lettre XVII, 1761 (ALW). Le début est légèrement différent : « L’honnête homme d’ici n’est point celui... ».

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Shakespeare vs. Malraux : Debord, Correspondance, vol. 5 : janvier 1973 - décembre 1978, Paris, Arthème Fayard, 2005, lettre du 2 févr. 1976. Il s’agit d’une allusion à La Condition humaine, roman de Malraux paru en 1933 alors que son auteur connaissait seulement le Siam et l’Indochine, ainsi qu’on convenait de les appeler à son époque.

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Debord, Panégyrique 1 (1989), GDO, p. 1673.

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Debord, In girum imus nocte et consumimur igni (1978), GDO, p. 1355.

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Sur l’« auto-édification » de Debord et sa transformation en mythe littéraire, voir : Guillaume Bellehumeur, « Guy Debord et ses “ambitions nettement mégalomanes”, ou le succès d’une (auto) édification », Les Grandes figures historiques dans les lettres et les arts [en ligne], n° 7, 2018.

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« Beaucoup de choses... poétique » : phrase empruntée à Balzac, Le Message (1832), in La Comédie humaine t. II, Paris, Gallimard (Pléiade), 1971, p. 395 (Balzac écrit « véritables » et non « vraies », et « de choisir dans le vrai » au lieu de « d’y choisir »). Le choix de l’adjectif « poétique » s’accorde avec ce que Debord écrit dans un des textes publiés après sa mort : « En fin de compte, ce sera de la poésie, mais il ne faut pas le dire, et cela ne se verra pas » (« Notes pour le projet “Apologie” », LD, p. 246).

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Espérons que la notion d’ami imaginaire protège des travers universitaires : Christophe Bourseiller, le premier biographe de Guy Debord prévient les candidats en ces termes : « Aujourd’hui, des meutes d’universitaires se ruent sur Debord et prétendent l’interpréter, en une glose mielleuse nourrie par le sophisme » (billet « La Langue de la nuit », en ligne sur son site ; un sophisme, selon le TLF, est un « argument, raisonnement qui, partant de prémisses vraies, ou considérées comme telles, et obéissant aux règles de la logique, aboutit à une conclusion inadmissible »). C’est une tradition chez les commentateurs de Debord de s’agonir les uns les autres ; elle ne sera pas respectée ici.

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Exemple d’anecdote relative à des déboires avec un serveur : GDC, vol. 5, lettre du 18 déc. 1989. L’attitude de Debord rejoint ici celle d’un écrivain qu’il affectionnait, George Orwell, et qui déclarait « J’ai l’impression d’avoir passé une moitié de mon temps à vilipender le système capitaliste et l’autre moitié à pester contre l’insolence des receveurs de bus » (cité par Bernard Crick, George Orwell (1980), trad. fr., Paris, Flammarion, p. 146).

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Debord, « Préface à la 4ème éd. italienne de La Société du spectacle » (1979), GDO, p. 1462.

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« Ceux qui disent qu’ils aiment ce film ont aimé trop d’autres choses pour pouvoir l’aimer » : Debord, « Réfutation de tous les jugements... », op. cit., 1975, GDO, p. 1294.

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« Vie rangée » : en référence à ce qui est considéré comme une horreur par Debord et ses amis lettristes : « SE RANGER » (les capitales sont de leur fait) : « Pour en finir avec le confort nihiliste », I. L. n°3, août 1953, repris dans GDO, p. 101. Voir aussi : « Tant de gens que nous avons vu faire beaucoup de bruit se sont rangés » : GDC, vol. 1, lettre du 25 août 1960.

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Debord, La Planète malade (1971), Paris, Gallimard, 2004, p. 81.

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Une grille ou, si tant est que le « spectacle » a engendré sa propre mythologie, une « matrice d'intelligibilité », comme disait Claude Lévi-Strauss de certains grands mythes (Le Regard éloigné, Paris, Plon, 1983, p. 200).

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Entretien avec Emmanuel Guy paru dans Diacritik [en ligne] en 2020.

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Debord, « Mai 88 », in Lire Debord, op. cit., 2016, p. 39.

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Titre de la section : cf. « Construisez vous-même une petite situation sans avenir », tract de mai 1955, GDO, p. 188.

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Debord figure en compagnie de Barthes, Lacan, Aron, Foucault, Braudel, Deleuze, Lyotard, Bourdieu, Derrida et Lévi-Strauss (par ordre chronologique de décès, à ceci près que les deux derniers étaient encore vivants au moment de la rédaction de l’article) dans la liste des grands noms de la pensée française du XXe siècle dressée par Perry Anderson à l’occasion d’un article où il remarque qu’aucun autre intellectuel français n’a, depuis, acquis une « réputation internationale comparable » : Perry Anderson, « Dégringolade », London Review of Books, vol. 26, n°17, 2 sept. 2004, trad. fr. dans Perry Anderson, La Pensée tiède. Un regard critique sur la culture française, Paris, Éd. du Seuil, 2005, p. 101. Jacques Bouveresse reprend et valide cette liste, Debord inclus, dans un article de mai 2006 où il fustige les idées-paillettes, « Intellectuels médiatiques et penseurs de l’ombre », en ligne sur le site du Monde diplomatique.

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Greil Marcus, Lipstick Traces. Une histoire secrète du vingtième siècle (1989), trad. fr., Paris, Allia, 1998, p. 288.

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Photographie de Debord en costume-cravate pendant une visite au Palais Idéal du Facteur Cheval : GDO, p. 187.

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« Jeunes, nous avons quelque temps fréquenté un maître, Quelque temps nous fûmes heureux de nos progrès » : Omar Khayyám, Quatrains (Rubâ’iyât, vers 1120), trad. Charles Grolleau, 1902, ALG (c’est cette traduction qui a été rééditée par Champ libre en 1978). Ce quatrain est cité dans In Girum..., op. cit., GDO, p. 1396.

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GDC, vol. 5, lettre du 30 avr. 1974.

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Donquichottisme : Debord , « Les Erreurs et les échecs de M. Guy Debord par un Suisse impartial », in Guy Debord : un art de la guerre, Laurence Le Bras & Emmanuel Guy dir., Paris, Gallimard/Bibliothèque nationale de France, 2013, p. 212. « J’ai un côté tout à fait puéril et je m’en réjouis » : Debord , « Notes pour le projet “Apologie” », LD op. cit., p. 246. Sur ce point, voir Emmanuel Guy, « Où l’on fait le portrait de Guy Debord à travers ses livres et son jeu de la guerre », in Guy Debord : un art de la guerre, op. cit., p. 182-184.

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« Un combat inégal et sans pitié » : expression empruntée à Miguel de Cervantès, L’ingénieux hidalgo don Quichotte de la Mancha (1605), chapitre VIII du premier livre : « De la grande victoire que le vaillant don Quichotte remporta dans l’épouvantable et incroyable aventure des moulins à vent, avec d’autres événements dignes de mémoire » (trad. L. Viardot, Paris, J.-J. Dubochet éd., 1837 ; ALW).

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Debord , « Notes pour le projet “Apologie” », LD op. cit., p. 225.

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Internationale situationniste n°3, déc. 1959, repris dans GDO, p. 503.

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Shanghaï (The Shanghai Gesture), Josef von Sternberg, 1941. C’est Omar (Victor Mature) qui prononce ces mots à l’adresse de Poppy (Gene Tierney). L’extrait se trouve dans le film La Société du spectacle, 1975, cf. GDO, p. 1235. L’original est le suivant : « My father was an Armenian tobacco dealer who was far away, and my mother… the less said about her the better. She was half French, and the other half is lost in the dust of time » (« Mon père était un marchand de tabac arménien, il était loin, et ma mère... moins on dit sur elle mieux cela vaut. Elle était à moitié française, et l’autre moitié se perd dans la nuit des temps ». Omar poursuit : « In short, I’m a thoroughbred mongrel. I am related to all the earth and nothing that’s human is foreign to me » (« Bref, je suis un bâtard pur-sang. Je suis relié à la terre entière et rien de ce qui est humain ne m’est étranger »).

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« Comme son tour... rien de bon » : phrase volée à Maurice Barrès, Sous l’œil des barbares, Paris, Émile-Paul, 1910, p. 64.

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Debord, Le Marquis de Sade a des yeux de fille, Paris, Arthème Fayard, 2004, p. 77.

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On Se L’Hegel En Enfer est un morceau de Pascal Comelade sur l’album El Cabaret Galàctic, DSA, 1995.

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Debord, Le Marquis de Sade a des yeux de fille, op. cit., p. 85 et 72.

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Debord, « Notes pour le projet “Apologie” », LD, op. cit., p. 218.

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Debord, Le Marquis de Sade a des yeux de fille, op. cit., p. 61.

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GDC, vol. "0", lettre du 23 sept. 1951 à M.-G. Guillaumin.

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Louis Antoine Léon de Saint-Just, préface d’Organt, 1789 (Debord a recopié et archivé plusieurs extraits de cette œuvre).

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Debord, « Les Erreurs les échecs de M. Guy Debord par un Suisse impartial », Un art de la guerre, op. cit., p. 211.

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Les trois sources à propos de Chez Moineau : — Jean-Michel Mension, La Tribu, Allia, 1998 (entretiens). — Patrick Straram, Les Bouteilles se couchent (1954), Allia, 2006. Il s’agit d’une version réduite du manuscrit original, avec des coupes « allant dans le sens de la légende situationniste, quitte à faire d’une fiction où l’individuel l’emporte sur le collectif un documentaire » (Michel Lacroix, « “Un sujet profondément imprégné d’alcool”. Configuration éthylique, postures situationnistes et détournement éditorial : Les Bouteilles se couchent de Patrick Straram », COnTEXTES [en ligne], n°6, sept. 2009 — Ed Van der Elsken, La Vie folle, Paris, Xavier Barral, 2017, où l’automne 1952 chez Moineau se retrouve en couverture et p. 89-119 (plusieurs photos en ligne). Certains des protagonistes, comme le montre un passionné sur son site, apparaissent dans le film de Debord Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps (1959) ainsi que dans Le Signe du lion (Éric Rohmer, tourné la même année).

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Debord, In girum..., op. cit., GDO p. 1370. Patrick Modiano, Dans le café de la jeunesse perdue, Paris, Gallimard, 2007. En 1956, Chez Moineau change d’adresse pour devenir un cabaret, 10 rue Guénégaud, où de nombreux chanteurs et fantaisistes français (dont Barbara) débutent cependant qu’on sert du couscous aux clients.

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Debord, In girum..., op. cit., GDO p. 1369. « Les gens avaient peur d’y aller », renchérit Mension dans La Tribu, op. cit., p. 28. Les cafés fréquentés par les situationnistes dans les années cinquante ont disparu ou sont devenus des cafés chics à la décoration « repensée », comme le Mabillon, bld St-Germain.

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Debord, Le Marquis de Sade a des yeux de fille, op. cit., p. 132 (lettre à Ivan Chtcheglov, dit Gilles Ivain).

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« C’était l’édifice social que je voulais attaquer dans ses bases » : Pierre François Lacenaire, Mémoires (1836), in Lacenaire, Mémoires et autres écrits, éd. de Jacques Simonelli, Paris, José Corti, 1991, p. 108. Dans Les Enfants du paradis, Prévert fait dire à Lacenaire, qu’interprète Marcel Herrand : « J’ai déclaré la guerre à la société » (Jacques Prévert, Les Enfants du paradis, Paris, Arte-Gallimard, 2012, p. 23). L’esprit est juste mais la lettre est plutôt celle de Pierre-Joseph Poulmann (voir note suivante). Lacenaire avait par ailleurs écrit : « Je me résolus à devenir le fléau de la sociét__ » (Mémoires et autres écrits, op. cit., p. 187).

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« J’ai prouvé par mes études, disait Morisset, que la société n’avait pas le droit de reprocher les crimes, parce qu’elle en commettait journellement » : Lucien Morisset, cité par Jacques Simonelli dans son Introduction aux Mémoires et autres écrits de Lacenaire, op. cit., p 15. En revanche, contrairement à une idée répandue, Lacenaire n’est pas le « héros de la vie moderne » dont parle Baudelaire en 1846 : « Le sublime B...! Les pirates de Byron sont moins grands et moins dédaigneux. Croirais-tu qu'il a bousculé l'abb__ Montès, et qu'il a couru sus à la guillotine en s'écriant : “Laissez- moi tout mon courage !” » : Baudelaire, Salon de 1846 (ALW). Ce héros, c’est bien plutôt Pierre-Joseph Poulmann, un autre assassin justifiant ses actes par une guerre à la société. L’initiale « B » est énigmatique (erreur de composition ?) mais la référence qui suit laisse peu de doutes : Baudelaire se réfère au compte-rendu par la Gazette des Tribunaux du 7 février 1846 de l’exécution de Poulmann qui, comme Lacenaire le mois précédent, n’a pas voulu de l'assistance de l'abbé Montès. « Malheureux ! reprit Poulmann, vous voulez donc abattre mon courage ! », lit-on dans ce journal. Poulmann était bien un « assassin romantique » : « La sociét__, écrit Le Moniteur du 26 janvier 1844, l'a jet__ innocent dans les bagnes, eh bien, il a déclaré la guerre à la sociét__ ; il n'hésite devant aucun forfait ». Éléments tirés de : Dolf Oehler, « Le Caractère double de l'héroïsme et du beau modernes. À propos de deux faits divers cités par Baudelaire en 1846 », Études baudelairiennes, vol. 8, 1976 [en ligne], p. 187-216.

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Traduction : « Vagabonds occupés à boire sans trembler, nez-à-nez avec femmes et voleurs ». Lacenaire n’écrivait pas dans ce style et avait appris l’argot en prison, sur le tard ; il s’agit donc en réalité d’un pastiche de Lacenaire pastichant Vidocq, cf. les Argotiques des Mémoires et autres écrits de Lacenaire, op. cit., p. 179-181.

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Debord, « Pourquoi le lettrisme ? », Potlatch n°22, 9 sept. 1955 (premier bilan de Debord proche de l’autobiographie, mais co-signé avec G. J. Wolman), repris dans GDO, p. 198.

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L’article « I. L. » est l’un des meilleurs articles consacrés par Wikipedia [en ligne] à la « galaxie » Debord.

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GDC, vol. “0”, lettre à Isou du 22 déc. 1954. Dans Les Enfants du paradis, Lacenaire dit en regardant les passants « C’est vrai qu’ils sont laids (Soupir) J’aimerais en supprimer le plus possible » (Prévert, Les Enfants du paradis, op. cit., p. 23). La presse avait surnommé Lacenaire, à l’époque de son procès le « Don Juan de l’assassinat » car il « arborait, à la stupéfaction générale, une belle physionomie distinguée, opposant ainsi à la rassurante concordance entre le physique et le moral, une troublante discordance » : Anne-Emmanuelle Demartini, « Portraits d’un décapit__. Crime, science et vérit__ dans l’affaire Lacenaire », in Fictions et vérités assassines, S. Coyault dir., Clermont-Ferrand, Presses Univ. Blaise Pascal, 2013, p. 313).

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« Histoire de l’internationale lettriste » (1956), in Debord, Enregistrements magnétiques (1952-1961), éd. de J.-L. Rançon, Paris, Gallimard, 2010, p. 51 — en réponse à l’article de Simone Dubreuilh dans Libération du 31 janvier 1952 à propos du Traité de bave et d’éternité d’Isou.

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Michèle Bernstein, La Nuit (1961), Paris, Allia, 2013, p. 65 et 69.

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Bernstein, La Nuit, op. cit., p. 129.

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Le vicomte de Valmont et Cécile (de) Volanges sont des personnages des Liaisons dangereuses. Lettres recueillies dans une société et publiées pour l’instruction de quelques autres, Pierre Choderlos de Laclos, 1782 (ALW).

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Bernstein, La Nuit, op. cit., p. 151

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Debord, Correspondance, vol. 2 : septembre 1960 - décembre 1964, Paris, Arthème Fayard, 2001, lettre du 14 mai 1962 à un quidam : « Nous vous enverrons GRATUITEMENT, comme à tant d’autres, des numéros antérieurs de l’I. S. si vous les demandez sur un autre ton ».

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« Un putsch culturel pendant que vous dormez » : tract de 1959, GDO, p. 493.

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On voit parfois « situationnisme » et « situationniste » écrits avec une majuscule, mais Guy Debord n’en mettait pas, hors le cas de l’abréviation « I. S. » désignant la revue et le groupe du même nom.

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« Il n’y a pas de situationnisme, ni d’œuvre d’art situationniste, ni davantage de situationnisme spectaculaire » : Raoul Vaneigem, « La cinquième conférence de l'I. S. à Göteborg », Internationale situationniste n°7, avril 1962.

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La photographie de ce graffiti figure dans GDO, p. 89.

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« Ah ! passez, Républiques de ce monde ! Des empereurs, Des régiments, des colons, des peuples, assez ! (…) À nous ! Romanesques amis : ça va nous plaire. Jamais nous ne travaillerons » : Qu’est-ce pour nous mon cœur… Arthur Rimbaud, 1872, poème inspiré par la Commune ; ALW.

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Robert Louis Stevenson, Une apologie des oisifs (1877), trad. fr., Paris, Allia, 1999. L’idée se retrouve chez Günther Anders : quand son travail a cessé, le salarié « est incapable de s’occuper lui-même » (L’Obsolescence de l’homme t. 1. Sur l'âme à l'époque de la deuxième révolution industrielle (1956) Paris, Éd. de l'Encyclopédie des Nuisances/Éd. Ivrea, 2002, p. 161).

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Paul Lafargue, Le Droit à la paresse. Réfutation du droit au travail de 1848 (1880), ALW.

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Connexion du graffiti de 1953 avec le Surréalisme (et Rimbaud) : Anselm Jappe, Guy Debord (1992), Paris, La Découverte, 2020, p. 128. Outre cette couverture de La Révolution surréaliste, on peut aussi se référer à Nadja, que Breton écrivit en 1928 : « Rien ne sert d'être vivant, le temps qu'on travaille. L'événement dont chacun est en droit d'attendre la révélation du sens de sa propre vie, cet événement que peut-être je n'ai pas encore trouvé mais sur la voie duquel je me cherche, n'est pas au prix du travail » (Nadja, Paris, Gallimard (Folio), 1964, p. 61). Il faudrait aussi mentionner, moins connu, le supplément au n°2 de la revue Pour l'organisation conseilliste, intitulé « Ne travaillez jamais : pour la subversion généralisée par la généralisation de toutes les subversions » et publié fin 1971 par le Groupe Révolutionnaire Conseilliste d'Agitation (GRCA), éphémère organisation où se trouvaient d’anciens situationnistes.

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Manifeste contre le travail, publié par la revue allemande Krisis fondée en 1986 par Robert Kurz, Norbert Trenkle, Ernst Lohoff, Roswitha Scholz et Peter Klein en 1999 [en ligne sur Palim Psao].

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Debord, « Les Erreurs et les échecs... », op. cit., Un art de la guerre, p. 210 — à ceci près que l’original, qui appartient au genre (rare) de l’autoportrait-charge, est rédigé à la troisième personne du singulier. Même insistance sur sa paresse, cette fois à la première personne directement, dans Panégyrique 1, GDO, p. 1668. « Si la vie est un grand songe, écrivait Li Po [voir p. xx la connexion avec Debord], à quoi bon la gâcher en se donnant du mal ? » (Réveil de l’ivresse un jour de printemps, in Daniel Giraud, Ivre de Tao. Li Po, voyageur, poète et philosophe, en Chine, au VIIIème siècle, Paris, Albin Michel, 1989, p. 116).

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Debord, Le Marquis de Sade a des yeux de fille, op. cit., p. 72. Il est tentant de de souvenir, ici, de l’exclamation que lança André Malraux à sa riche épouse Clara : « Vous ne croyez tout de même pas que je vais travailler ? » (Clara Malraux, Le Bruit de nos pas, t. II : Nos vingt ans, Paris, Bernard Grasset, 1966, p. 111.

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Argent des parents : Bernstein, La Nuit, 1961, op. cit. p. 144.

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La comparaison « Hollywood en Provence » provient de la chanson de David McNeil Magicien, sur son album Funky-punky, RCA, 1978.

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La phrase exacte de Benda, tirée de son Belphégor, est : « La philosophie, pour être bien servie, veut le célibat de ses prêtres » ; Antoine Compagnon la cite dans Les Antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes, Paris, Gallimard, 2005, p. 300.

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Sur le refus du travail comme « manifestation d'un dédain aristocratique [et] luxe d'une petite minorité », voir Jean-Marie Vincent, « La Domination du travail abstrait », Critiques de l’économie politique, nv. série n°1 : « Travail et force de travail », oct.-déc. 1977, éd. François Maspero, p. 19-49 [en ligne sur Palim Psao].

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« Mon origine familiale » : GDC, vol. 5, lettre du 30 avr. 1974 à la caisse de retraite.

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Lacenaire, Mémoires (1836), op. cit., p. 90.

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Sur l’absence d’envie, voir Debord, « Notes pour le projet “Apologie” », LD, op. cit., p. 251. On peut rapprocher ce passage de la remarque que fait Theodor W. Adorno en 1945 : « Celui qui ne demande rien est presque suspect » (Adorno, Minima Moralia. Réflexions sur la vie mutilée (1951), Payot, 1980, p. 20). Machiavel a plusieurs fois critiqué l’envie (l’un des sept péchés capitaux de la religion catholique) : « La nature a doué [l’homme] de la faculté de vouloir et de pouvoir tout désirer ; mais la fortune ne lui permet que d’embrasser un petit nombre d’objets. Il en résulte dans le cœur humain un mécontentement continuel ». Ainsi la ruine de Savonarole (brûlé vif Piazza della Signoria en 1498 après avoir régné sur Florence) puis celle de Soderini (chassé de Florence en 1512 après avoir joué les Français contre les Médicis) « n’eut d’autre cause que de n’avoir pu ni su vaincre l’envie » : Nicolas Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, 1532, trad. fr., Paris, Charpentier et Cie, 1825, ALW). Omar Khayyám, autre auteur de prédilection de Debord, était du même avis. « Si tu es, en ce monde à la recherche de ce/ Dont tu as besoin pour te nourrir ou te vêtir, tu es bien excusé/ Mais tout le reste ne valant rien,/ Garde-toi de perdre ta précieuse vie pour l’acquérir » (Khayyám, Robâiyât, trad. fr. de Hassan Rezvianian, Paris, Imprimerie nationale, 1992, p. 38) ; et plus simplement : « Limite ta cupidité, tu vivras content » (ibid., p. 52). Enfin, on trouve aussi cette volonté de ne pas désirer les choses chez les bouddhistes, où « les interdits mentaux sont au nombre de trois : s’abstenir d’envie, de mauvais vouloir et de vue erronée. Il serait plus correct de dire s’abstenir de se placer en situation d’envie, autrement dit éviter la tentation ou tout au moins travailler à ne pas s’attacher à des objets extérieurs » (Raphaël Liogier, Le Bouddhisme et ses normes. Traditions – modernités, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2006, p. 20).

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Marshall Sahlins, Âge de pierre, âge d'abondance. L'économie des sociétés primitives (1972), trad. fr., Paris, Gallimard, 1976, p. 49. Anselm Jappe regrette que Sahlins, dans ce livre, ne fasse qu’effleurer le fait que les sociétés prémodernes ne distinguent pas le « travail » des autres activités (Jappe, Les Aventures de la marchandise, Paris, Denoël, 2003, p. 243). Notons que Jean Baudrillard utilise également Sahlins dès 1970, mais écrit, lui, « travail » entre guillemets. Chez les primitifs, dit-il, « aucune monopolisation, quelle qu'elle soit, de la nature, du sol, des instruments ou des produits du “travail”, ne vient bloquer les échanges et instituer la raret__ » : Baudrillard, La Société de consommation, ses mythes et ses structures, Denoël (Folio) 1970, p. 91. Karl Polanyi l’avait déjà remarqué en 1944 : dès qu’un marché du travail est établi quelque part, la menace de mourir de faim fait son apparition, comme on l’a vu dans nombre de pays colonisés — c’est pourquoi « la société primitive est, en un sens, plus humaine que l’économie de marché » (Polanyi, La Grande Transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, trad. fr., Paris, Gallimard, 1983, p. 235-236).

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Debord, Manifeste pour une construction de situations (1953), in GDO, p. 111.

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« Non, dit Gilles, je me promène. Principalement, je me promène » : Michèle Bernstein, Tous les chevaux du roi (1960), Paris, Allia, 2004. Le titre de ce roman est tiré d’un couplet d’Aux marches du palais, chanson populaire française du XVIIIe siècle (« Dans le mitan du lit/La rivière est profonde, lon la/Tous les chevaux du Roi/Pourraient y boire ensemble, lon la »).

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Debord, « Les Environs de Fresnes » (1952), in Enregistrements magnétiques, op. cit., p. 10.

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Christophe Bourseiller, Vie et mort de Guy Debord 1931-1994, Paris, Plon, p. 157.

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Debord salarié en tant que réalisateur sur son film Critique de la séparation : Debord, Correspondance, vol. 1 : juin 1957 - août 1960, Paris, Arthème Fayard, 1999, lettre du 24 août 1959.

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Impossibilité de venir à un rendez-vous pour cause de « réalité du travail, et notamment du travail en équipe » pendant le tournage de La Société du spectacle : GDC, vol. 5, lettre du 11 mai 1973.

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Sur l’enregistrement de la voix off : GDC, vol. 5, lettre du 30 août 1973.

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GDC, vol. 4, lettre du 23 déc. 1972 : « Supprimer le travail (…) est encore quelque peu un travail ».

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Proverbe espagnol d’origine : El beber es hidalgo, y el comer es villano. Debord le détourne dans sa lettre à C. Sébastiani, du 3 juin 1986 : Debord, Correspondance, vol. 6 : janvier 1979 - décembre 1987, Paris, Arthème Fayard, 2007. Montaigne mettait déjà la lecture à la première place quand il faisait la liste des trois choses les plus importantes de la vie. Outre le commerce des femmes et celui des amis, « celuy des livres, qui est le troisiesme, est bien plus seur et plus à nous. (...) C’est la meilleure munition que j’aye trouvé à cet humain voyage » (Michel de Montaigne, Essais (1595), Livre III, chap. 3 : « De trois commerces », Paris, PUF, 1965 ; ALW).

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Le renouveau actuel de l’hostilité au travail est observé par Anselm Jappe, Guy Debord, 2020, op. cit., p. 200, point de vue qu’il développe dans sa conférence « Trajectoires du capitalisme. Du “sujet automate” à l’automation de la production », prononcée le 30 nov. 2011 à l’ENS d’architecture Paris-Malaquais au colloque « Politique computationnelle et architecture : de la Digital Philosophy à la fin du travail » [en ligne sur Palim Psao].

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Le Fond de l'air est rouge. Scènes de la Troisième Guerre mondiale (1967-1977) est un film réalisé par Chris Marker en 1977.

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Pour un aperçu historique de cette opposition, voir Richard Gombin, « Communisme de Parti et communisme de Conseils : l'exemple de la République de Weimar », Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, n°23, p. 32-43 [en ligne].

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Le rapprochement avec Lefebvre ne dura guère. Il rejoindrait bientôt, aux yeux des situationnistes, les rangs de ces « cuistres de la pensée soumise, faquins de la récupération [et autres] paltoquets modernistes de l’intégration sociale » qui pullulent à l’université (René Viénet, Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations, Paris, Gallimard, 1968, p. 29). Quant au groupe Socialisme ou barbarie, Alice Becker-Ho le fréquentait déjà ; c’est là que Debord la rencontra en 1963. Par ailleurs, Gilles, le héros du roman de Michèle Bernstein La Nuit (1961), lit Socialisme ou barbarie.

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Rosa Luxemburg a utilisé la formule « Socialisme ou barbarie » comme titre du premier chapitre de La Crise de la social-démocratie, un texte de 1915 connu sous le nom de Brochure de Junius car elle avait dû le publier sous pseudonyme. Elle y précise : « Friedrich Engels a dit un jour : “La société bourgeoise est placée devant un dilemme : ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie” » (ALM, en ligne). En fait, Engels n’a pas été aussi clair : pour des détails, voir Michael Lowy, « L’Étincelle s'allume dans l'action », 13 févr. 2011 (en ligne).

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Jappe, Guy Debord, 2020, op. cit., p. 77-78.

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Une vingtaine de membres : GDC, vol. 1, lettre du 13 août 1960.

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Épuration : GDC, vol. 2, lettre du 21 janv. 1964.

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Renaud, Sans zikmu, Paris, Champ libre, 1980. Dès 1977, Debord signalait Renaud à Gérard Lebovici, et deux ans plus tard s’enthousiasmait pour le publier et le relire : GDC, vol. 6, lettre du 12 sept. 1979. Après la publication, l’affaire tournera court à coup de lettres d’insultes entre le chanteur et Gérard Lebovici ; dès 1980 Debord parle dans ses lettres de « feu Renaud » ou le trouve « décevant » (GDC, vol. 6, lettre du 13 juin 1980).

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« Pas de grâce » : André Breton, Second Manifeste du surréalisme, 1930, in Œuvres I, Paris, Gallimard (Pléiade), 1988, p. 821. Dans l’avertissement de la réédition de ce manifeste en 1946, Breton s’en excuse : « la véhémence de l’expression y paraît quelquefois hors de proportion avec la déviation, l’erreur ou la “faute” que [ces pamphlets] prétendent flétrir » (ibid., p. 836).

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Vocabulaire militaire : Breton, Pourquoi je prends la direction de « La Révolution Surréaliste », 1925, in Œuvres I, op. cit., p. 905.

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Critiques cliché : Breton, Alentours III, 1929, in Œuvres I, op. cit., p. 951.

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GDC, vol. 5, lettre-pastiche au Grand Duc de Toscane (en fait un ami florentin) du 9 avr. 1974.

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Pastiches « classés X » : GDC, vol. 5 durant l’année 1974.

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Recette des œufs : GDC, vol. 2, lettre du 17 nov. 1964.

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Le « texte humoristique de Chaval, que les situs à ce moment-là ont considéré comme la meilleure plaisanterie qui résumait toute l’I. S. » : Debord, Correspondance, vol. 7 : janvier 1988 - novembre 1994, Paris, Arthème Fayard, 2008, lettre du 5 juin 1989. Chaval, Le Club des méprisants, Paris, Jean-Jacques Pauvert éd., 1967, repris dans Chaval, Les Gros Chiens, Paris, Climats, 1990.

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Résumés et extraits des articles IV, XI et XII du Règlement pour une Société de plaisir (vers 1520), in Œuvres littéraires de Machiavel, Paris, Charpentier, 1884 (ALW).

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« Méchant » : Ralph Rumney, Le Consul, Paris, Allia, 1999, p. 28. « Brutalité extrême de caractère (tant de ruptures) », notait-il dans son ébauche d’autoportrait : Debord, « Les Erreurs et les échecs... », op. cit., Un art de la guerre, p. 209.

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« Brutalité extrême de caractère (tant de ruptures) », notait-il dans son ébauche d’autoportrait : Debord, « Les Erreurs et les échecs... », op. cit., Un art de la guerre, p. 209.

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Breton et les anciens disciples : « Cette mauvaise réputation... », 1993, GDO, p. 1815.

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Entretien avec Laurence Le Bras, mai 2021.

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« La plus insolente... que possible » : GDC, vol. 2, lettre du 23 août 1962.

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Le titre de cette section est un vers de Li Bai (alias Li Po) tiré (comme la première phrase de la section) d’Un jour de printemps, le poète exprime ses sentiments au sortir de l’ivresse (vers 750), Poésies de l’époque des Thang (VIIe, VIIIIe et IXe siècles de notre ère) trad. et présentées par le marquis d'Hervey-Saint-Denys, Paris, Amyot, 1862 ; ALG (rééd. Champ Libre, 1977). De Li Po, surnommé « le poète ivre », l’abbé Amiot disait : « Comme ses ouvrages lui avaient fait des admirateurs dans toutes les parties de l’Empire, on lui passait tout, jusqu’à ses folies les plus indécentes » (Joseph-Marie Amiot, Mémoires concernant l'histoire, les sciences, les arts, les mœurs, les usages, etc. des Chinois, t. V, Paris, Nyon, 1780, p. 403 ; ALA).

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Omar Khayyám, Quatrains, ALG, op. cit. Daniel Giraud, biographe et traducteur de Li Po, trouve beaucoup de points communs entre ces deux poètes, y compris des résonances taoïstes chez Khayyám (Giraud, Ivre de Tao, op. cit., p. 13-14).

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« Ivrognerie » : Debord, « Les Erreurs et les échecs... », op. cit., Un art de la guerre, p. 209.

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Révélation de 1989 : Panégyrique 1, GDO, p. 1669.

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Excuses, accompagnées d’une citation de la chanson À Recouvrance, dite la Complainte de Jean Quémeneur, composée par Henri Ansquer vers 1900 : GDC, vol. 2, lettre du 28 août 1962 à Michèle Mochot-Bréhat.

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Nombre de litres : Debord, « Notes pour le projet “Apologie” », LD, op. cit., p. 251. Consommation élevée, même si en 1952 le degré moyen d’alcool dans une bouteille de vin français était de 10,5 (Georges Malignac, « La Consommation des boissons alcoolisées depuis 1950 », Économie et Statistique, vol. 23, n°7, 1968) contre 13 au début des années 2020. On peut trouver davantage dans le monde des letttres françaises, par exemple chez Alfred Jarry : au moins cinq litres de vin quotidiens et l’absinthe (80°) remplaçant le rhum (40°), sans compter l’éther (que consommaient aussi certains clients de chez Moineau, mais pas Debord) : Julien Schuh, « Jarry était-il un ”alcoholique” ? », XVIe Colloque des Invalides, nov 2012, p. 161-169 (en ligne sur HAL). Précisons aussi que Jarry est mort à 34 ans.

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Moineau : Mension, La Tribu, op. cit., p. 54.

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« L’alcoolique est à la recherche de l’avant-dernier verre », déclare Gilles Deleuze à « B comme Boisson » de son Abécédaire, car « le dernier le mettrait hors de son arrangement » (pour aujourd’hui). L’alcool, ajoute Deleuze, aide à « percevoir ce qui est trop fort dans la vie », ce qui n’est pas totalement éloigné (mais moins précis) que ce qu’en dit Debord (L'Abécédaire de Gilles Deleuze, Pierre-André Boutang 1988-1989). « Je me souviens de certains de ses départs où il était vraiment limite, dit Mension, mais pas le verre de trop, alors que moi c’était les verres de trop » (La Tribu, op. cit., p. 54).

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« Obstination... » : intertitre du film de Brigitte Cornand Guy Debord, son art et son temps, 1994, textes du film repris dans GDO, p. 1878.

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« Le vin rouge et la négation dans les cafés » apparaissaient à Debord et ses amis, durant ces années 1950, comme « les vérités premières du désespoir » : « Pour en finir avec le confort nihiliste », op. cit., GDO, p. 101. L’expression « n’importe quel jaja » est tirée de la chanson de 1955 Je bois (paroles de Boris Vian, dont l’un des frères, Alain, avait décoré La Méthode, bar de la rue Descartes qui accueillerait un temps, en 1958, les réunions situationnistes, cf. tracts sur le site des éd. Allia), et la suite de la phrase est empruntée à Chateaubriand (« Avec cela on peut chanter Lalagé, se couronner de lis, qui vivent peu, parler de la mort en buvant le falerne, et livrer au vent les chagrins » : Voyage en Italie, Genève, Droz, 1968, p. 138).

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Beuverie : GDC, vol. 6, lettre du 22 janv. 1981.

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Emile Tardieu, L’Ennui. Étude psychologique, Paris, Alcan, 1903, p. 265 (ALG).

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« J’aime R[esnais] autant que l’on peut aimer un artiste aujourd’hui », GDC, vol. 2, lettre du 25 oct. 1960 à Patrick Straram. Hiroshima mon amour est un film d’Alain Resnais sorti en 1959, sur un scénario et des dialogues de Marguerite Duras. La phrase est prononcée par Emmanuelle Riva : « C’est à Nevers que j’ai été le plus jeune de toute ma vie… » : Duras, Hiroshima mon amour, Paris, Gallimard (Folio) 1960, p. 56.

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« Buvons, jamais nous ne boirons si jeunes » : Adrien de Montluc, La Comédie de proverbes, II, 3 (1616), modifié dans Panégyrique 1, GDO, p. 1667. Omar Khayyám était plus direct : « Ô homme attristé ! bois du vin pour te réjouir/ Pour te libérer de l’angoisse du Temps » (Robâiyât, op. cit., p. 160).

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Compagnon, Les Antimodernes, 2005, op. cit., p. 411.

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« Le vrai goût... » : Panégyrique 1, GDO, p. 1669. On songe à Li Po, qui « utilisait l’alcool comme éclaircissement de la conscience, pour l’évanouissement du “moi” et l’épanouissement du “soi” » (Giraud, Ivre de Tao, op. cit., p. 10). Et là encore à Omar Khayyám : « Je veux m’affranchir un instant de moi-même/ C’est pourquoi je bois et m’enivre » (Robâiyât, op. cit., p. 138).

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« La constance mesme n’est autre chose qu’un branle plus languissant. Je ne puis asseurer mon object. Il va trouble et chancelant, d’une yvresse naturelle. Je le prens en ce point, comme il est, en l’instant que je m’amuse à luy. Je ne peints pas l’estre. Je peints le passage : non un passage d’aage en autre, ou, comme dict le peuple, de sept en sept ans, mais de jour en jour, de minute en minute » : Michel de Montaigne, Essais (1595), Livre III, chap. 2 : « Du repentir », Paris, PUF, 1965 ; ALW. Les Essais se trouvaient dans la bibliothèque de Debord.

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« Ivrogne sombre » : GDC, vol. 6, lettre du 3 sept. 1981. L’Homme, d’après Hegel, « ne peut être vraiment humain que parce qu’il doit et peut mourir ». Le suicide est « la manifestation la plus évidente de la Liberté » : Alexandre Kojève Introduction à la lecture de Hegel, Paris, Gallimard, 1947, p. 516. Cette forme de suicide ne doit pas être confondue avec le « suicide triste » décrit par Durkheim, suicide consubstantiel aux sociétés du capitalisme avancé : « Est-il vrai que le bonheur de l'individu s'accroisse à mesure que l'homme progresse ? Rien n'est plus douteux. (...) le vrai suicide, le suicide triste, est à l'état endémique chez les peuples civilisés » (Émile Durkheim, De la division du travail social (1897), Ch. 1 du Livre II ; ALU).

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« Concession nihiliste », puisque Debord a écrit en 1953 Pour en finir avec le confort nihiliste (op. cit.).

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Hegel affirme que la possibilité de se suicider, donnée à l’homme conscient de lui même, réalise « l’apparition de la liberté pure (du moins en puissance) vis à vis de tout donné en général » à commencer par ce donné naturel qui est d’être un animal mortel » (Kojève, Introduction à la lecture de Hegel, op. cit., p. 517 et 492). Anselm Jappe rappelle que Debord, qui « fait partie des rares hégélo-marxistes français », a revendiqué « avec fierté » l’influence de Hegel (Jappe, Guy Debord, 2020, op. cit., p. 164). En revanche, Debord a rejeté Sartre, alors même, dit Jappe, qu’on trouve des traces du « climat culturel » existentialiste dans ses écrits (ibid.). Vincent Descombes signale par ailleurs que Sartre a puisé lui aussi une certaine manière de concevoir la « négation » chez Kojève, de manière à parvenir à une « définition négative de la liberté » : « La liberté a pour essence la négativité ou, comme dit Sartre le pouvoir de “néantiser” », c’est-à-dire le pouvoir de dire non » (Vincent Descombes, Le même et l'autre. Quarante-cinq ans de philosophie française (1933-1978), Paris, Éd. de Minuit, 1979, p. 65). Sans oublier, dans cette lignée, Isidore Ducasse, alias Lautréamont, qui écrivait : « On ne peut juger de la beauté de la vie que par celle de la mort » puis quelques pages plus loin « On ne peut juger de la beauté de la mort que par celle de la vie » (Poésies II, Paris, Librairie Gabrie, 1870, ALW).

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Le dandy : Descombes, Le même et l'autre, op. cit., p. 48.

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Le lien entre mémoire involontaire, Bergson, Proust et Baudelaire est développé par Walter Benjamin dans son Baudelaire (1923), éd. établie par Giorgio Agamben, Barbara Chitussi et Clemens-Carl Härle, Paris, La Fabrique, 2013, p. 1021-1022. Roland Barthes, lui, qualifie de « construction à tiroirs » la mémoire involontaire chez Proust (Barthes, Marcel Proust. Mélanges, Paris, Éd. du Seuil, 2020, p. 66 du cahier de fiches).

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Au-dessous du volcan est un roman de Malcolm Lowry (1947, trad. fr. 1949 ; Ralph Rumney, cité plus tôt, doit le surnom de « Consul » à son personnage principal), Phèdre une tragédie de Jean Racine (1677) et Johnny Guitar un film de Nicholas Ray (1954). Le récit d’ivresse (à Cagnes sur Mer) qui les connecte se trouve dans GDC, vol. 2, lettre du 31 oct. 1960 à Patrick Straram.

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Sur les « constellations » d’Aby Warburg, qui datent de la fin des années 1920, voir L’Atlas Mnémosyne, trad. fr., Paris, L'écarquillé/INHA, 2012.

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Mnémosyne, dans la mythologie grecque, est la déesse de la Mémoire.

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« Comment je perçois l’art ancien - ou comment les visages désirables y réapparaissent » : Debord, « Notes pour la préparation des films La société du spectacle et ln girum imus nocte et consumimur igni » (entre 1973 et 1976), in Lire Debord, op. cit., p. 96. « … le plaisir fut plus profond et devait exercer sur Swann une influence durable, qu’il trouva à ce moment-là dans la ressemblance d’Odette avec la Zéphora de ce Sandro di Mariano auquel on ne donne plus volontiers son surnom populaire de Botticelli… » (Marcel Proust, Du côté de chez Swann, ALW).

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« C’est le plus fameux des hommes obscurs » : Debord, « Les Erreurs et les échecs... », op. cit., Un art de la guerre, p. 209. L’antithèse associant « fameux » à « obscur » s’applique bien à Debord sans pour autant plagier le « Qui latuit bene vixit » que Descartes avait pris pour devise (« Vivre ignoré, c’est vivre heureux », tiré des Tristes d’Ovide, livre III, dans la trad. de M. Nisard en 1838). On serait plus proche de « Pour vivre heureux, vivons cachés », morale finale de la fable du Grillon (1793), si son auteur Jean-Pierre Claris de Florian avait salué la faculté du grillon à faire entendre son chant à tout le monde sans se laisser attraper, à l’inverse du papillon occupé à briller au grand jour ; mais il ne la salue pas.

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Le peignoir bordeaux : Mension, La Tribu, op. cit., p. 54.

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Politesse et ponctualité : GDC, vol. 5, lettre du 21 févr. 1974.

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Jus de fruit : GDC, vol. 2, lettre du 30 avr. 1963.

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Rendez-vous à la terrasse du Flore : GDC, vol. “0”, lettre du 30 mars 1957 à Asger Jorn.

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Trajet postal incriminé : Paris-Arles ; GDC, vol. 7, lettre du 8 févr. 1990.

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Faire-part de naissance : GDC, vol. 2, lettre du 14 nov. 1962.

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Le tricot : GDC, vol. 5, durant l’année 1974.

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Consolation : Debord, Correspondance, vol. 7 : janvier 1988 - novembre 1994, Paris, Arthème Fayard, 2008, lettre du 8 oct. 1989.

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Le vaccin : GDC, vol. 6, lettre du 19 janv. 1982.

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B. N., Fond G. D., carton L’Amour des étrangères, notes de travail.

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Invitations : à Annie Lebrun (GDC, vol. 7, lettre du 26 sept. 1988), à Ricardo Paseyro (ibid., lettre du 31 oct. 1989). À la même époque, il félicite Marc Dachy pour son livre Journal du Mouvement Dada 1915-1923, Genève, Albert Skira, 1989.

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La grande presse : VSD, par exemple, cf. GDC, vol. 6, lettre du 23 nov. 1979.

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Trust : ibid., lettre du 25 juin 1980.

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« Après avoir entendu des choses pareilles, il faut boire un grand coup, dis-je » : Michèle Bernstein, Tous les chevaux du roi, 1961, op. cit.

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Le titre de cette section est emprunté à : GDC, vol. 2, lettre à N. Beaurain à l’automne 1963.

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De la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier. Édition originale : Supplément à 21-27 Étudiants de France n°16, Strasbourg, 1966. Fac-similé de l’original en ligne. Rééd. par les Éditions d’une plombe du mat’ en ligne. La rédaction de ce texte s’est trouvée plus tard revendiquée par Mustapha Khayati, ce que conteste Debord qui le qualifiera de « larbin » tout en lui rappelant qu’elle a été collective : GDC, vol. 5, lettre du 19 oct. 1976.

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L’origine de cet événement est l’élection, au bureau de la section strasbourgeoise de l’U.N.E.F., d’André Vayr-Piova et André Schneider, qui étaient en accord avec les idées situationnistes : sur les détails de cette affaire très compliquée, voir, pour le point de vue situationniste « Nos buts et nos méthodes dans le scandale de Strasbourg » (I. S. n°11, en ligne), et pour le point de vue strasbourgeois, André Bertrand et André Schneider, Le Scandale de Strasbourg mis à nu par ses célibataires, même, Montreuil, L'Insomniaque, 2018.

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Version faible de l’histoire : voir Jean-Christophe Angaut, « Les Situationnistes entre avant-garde artistique et avant-garde politique : art, politique et stratégie », Colloque « Imaginer l’avant-garde », UQAM, laboratoire Figura, juin 2010 [en ligne]. En guise d’entraînement, quinze ans plus tôt, Debord et ses amis lettristes avaient d’abord prisé les graffiti : voir Hugo Daniel « “Où est le vandale ?” Histoire et valeurs du graffiti en France de 1945 à 1968 », Cahiers du CAP n°6, 2019, p. 163-200 [en ligne]. Anna Trespeuch-Berthelot rappelle que « les Renseignements Généraux ne mentionnent les situationnistes dans aucun de leur rapport à chaud des journées de mai-juin, [et que] l’I. S. ne figure pas parmi les organisations étudiantes révolutionnaires dissoutes par le ministère de l’Intérieur le 12 juin 1968 » : « L’Interface situationniste et ses paradoxes », Monde(s), vol. 1, n°11, 2017, p. 161-182. En revanche, une Convocation à la Préfecture de Police se trouve dans les archives Debord ; il doit s’y rendre le 27 nov. 1967 muni d’un exemplaire de chacun des numéros parus d’I. S.

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Version forte de l’histoire : voir Jappe, Guy Debord, 2020, op. cit., p. 185. Selon In girum..., dit Jappe, l'agitation de 68 et de la période suivante résulte essentiellement de la diffusion de la théorie situationniste, « tant est grande la force de la parole dite en son temps » (GDO, p. 138). Dans la bibliothèque de Debord figurait La Campagne avec Thucydide ; Albert Thibaudet, son auteur, s’y élève, dans ce même ordre d’idées, contre l’avis de Démocrite selon lequel « le discours est l’ombre de l’action » (La Campagne avec Thucydide (1922), Paris, Robert Laffont (Bouquins) 1990, p. 8). « La merveille de l’esprit humain, argumente Thibaudet, ne consiste-t-elle pas à faire avec des ombres une réalité dont le corps lui-même ensuite paraîtra l’ombre ? » (ibid.).

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« L’influence [situationniste], diffuse, non organisationelle, est assez difficile à apprécier, mais paraît dans l’ensemble faible à la Sorbonne, où les situationnistes ont pourtant contrôlé le premier comité d'occupation, après en avoir seuls assumé la direction du 13 mai au 14 mai au soir » (Jean-Claude Perrot et. al., « La Sorbonne par elle-même : Mai-Juin 1968 », Le Mouvement social n°64, juil.-sept. 1968, p. 10 et p. 119 ; la Sorbonne était occupée depuis le 3 mai). Le CMDO, lui (Conseil pour le Maintien Des Occupations), est né le jour où le Comité Enragés-Internationale situationniste, constitué le 14 mai au soir, a quitté la Sorbonne après que les désaccords avec les gauchistes furent devenus inconciliables. Il ne comptait que quatre situationnistes (cf. Mario Perniola, « Guy Debord et mai 68 », 1999 [en ligne]), et a d’abord installé sa permanence à l’Institut pédagogique national, puis à l’École des Arts décoratifs (Anna Trespeuch-Berthelot, « L’Interface situationniste et ses paradoxes », op. cit.). D’autres groupes avaient émergé dans ce Paris-là, comme le Comité d’Action Étudiants-Écrivains, constitué le 18 mai à Censier, qui comprenait entre autres écrivains connus Maurice Blanchot, Marguerite Duras, Robert Antelme, Louis-René des Forêts, Michel Leiris et Maurice Nadeau ; il publiait des textes anonymes, en vertu de ce que Blanchot qualifiait de « communisme d’écriture » (« Comité d’action étudiants-écrivains (2018). Tracts, affiches, bulletins », Études françaises n°54, Montréal, p. 155–183 [en ligne]). Dans l’ancienne Sorbonne avait également germé le CRAC, Comité Révolutionnaire d’Agitation Culturelle de la Sorbonne libre, avec des gens qui deviendraient des célébrités du spectacle français comme Coluche ou Renaud. Pour se faire une idée de l’ambiance de ces journées en lisant un journal intime tenu à chaud, voir par exemple Marie-Hélène le Doze, « Trois jours à la Sorbonne libre début juin 68 » (2008, en ligne). Et ne pas oublier qu’un étudiant sur quatre inscrits, en moyenne, assistait aux assemblées générales (A.G.) de mai-juin (Perrot et. al., « La Sorbonne par elle-même... », op. cit., p. 12). Alice Becker-Ho, future épouse de Debord, faisait partie du CMDO et a écrit les paroles de la Chanson du CMDO. Extrait : « Le gaullisme est un bordel, / Personne n’en peut plus douter. / Les bureaucrat’s aux poubelles ! / Sans eux on aurait gagné. Refrain : Des canons par centaines, /Des fusils par milliers, /Des cons, des fusils, /Par centaines et par milliers Rue Gay-Lussac, les rebelles / N’ont qu’les voitures à brûler. / Que vouliez-vous donc, la belle, / Qu’est-ce donc que vous vouliez ? Refrain ». L’original est un poème de Louis Aragon, Chanson du siège de La Rochelle (1945), mis en musique par Jacques Douai en 1957 : « Pour pousser la pierre au ciel / Il faut tenir le dernier / La guerre est un jeu cruel / Il s’agit de la gagner Des canons / Par centaines / Et des fusils par milliers Que vouliez-vous donc la belle / Qu’est-ce donc que vous vouliez / Nos soldats à La Rochelle / N’ont ni vestes ni souliers Des canons / Par centaines / Et des fusils par milliers » On peut entendre cette Chanson du CMDO dans Chansons du prolétariat révolutionnaire, le disque produit en 1974 par Jacques Le Glou (version CD : 1998). Le Glou était l’un des membres fondateurs du Groupe Révolutionnaire Conseilliste d'Agitation (GRCA), groupuscule issu du CMDO, connu pour avoir publié deux numéros, en 1970 et 71, d’une revue nommée Pour l'organisation conseilliste (voir note p. xx). Sur les circonstances de la réalisation de ce disque, voir l’interview de Le Glou en 2008 par Raoul Bellaïche, en ligne. On y apprend que Jacques Prévert a été ravi de donner son autorisation pour le détournement de ses Feuilles mortes (« Les bureaucrates se ramassent à la pelle »). Dans ce disque figurent deux chanson écrites par Guy Debord : La Java des Bons-Enfants (sur une musique originale de Francis Lemonnier) et Les Journées de mai (détournement du chant de la guerre d'Espagne El paso del Ebro). Mais la chanson la plus proche de l’esprit de La Société du spectacle est La vie s'écoule, la vie s'enfuit, écrite par Raoul Vaneigem (également sur une musique originale de Lemonnier), à propos de la grève générale de l'hiver 1960-1961 en Wallonie : « Le travail tue, le travail paie, / Le temps s'achète au supermarché. / Le temps payé ne revient plus / La jeunesse meurt de temps perdu. Les yeux faits pour l'amour d'aimer / Sont le reflet d'un monde d'objets. / Sans rêve et sans réalité / Aux images nous sommes condamnés ». On peut en voir en ligne une reprise de 2008 par le groupe belge de punk-rock René Binamé. Vingt ans plus tard, chez Debord, le passage du temps prendra le pas sur l’action révolutionnaire : « Il commence à disparaître, hélas, notre vaillant CMDO » : Debord, GDC, vol. 7, lettre du 22 avr. 1989.

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Morgan Sportès rappelle que Marcel Jouhandeau lançait en mai 68 aux étudiants sur les barricades : « Rentrez chez vous, dans dix ans vous serez notaires ! » (Sportès, Le souverain poncif, Paris, Balland, 1986, p. 161). De Daniel Cohn-Bendit, un an après les événements, Debord déclarait : « Il était honnête, au fond » (GDC, vol. 4, lettre du 24 avr. 1969). Pour René Viénet, il se prêtait un peu trop au spectacle médiatique (Viénet, Enragés et situationnistes..., op. cit., p. 39). Un jour, un dessin de Lefred-Thouron dans Les Dossiers du Canard montrerait Cohn-Bendit en mai 68, apostrophé par un camarade déclarant, dans l’hilarité générale, avoir fait un terrible cauchemar où Daniel apparaissait comme « un petit gros centriste qui s’intéresse au foot ». Le dessin ne démentirait ni Jouhandeau ni Debord.

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« La réalisation... ouvriers » : affiche reproduite dans GDO, p. 897. « Classe » est bien, sur l’affiche, écrit au singulier.

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« Mots d’ordre à diffuser maintenant par tous les moyens », Comité d'Occupation de la Sorbonne, 16 mai 1968, 19 heures (Perrot et. al., « La Sorbonne par elle-même... », op. cit., p. 120). C’est dans ce tract que se trouve le slogan « À bas la société spectaculaire marchande » — en compagnie de : « Occupation des usines. Le pouvoir aux conseils de travailleurs. Abolition de l’aliénation. Fin de l'Université » (ibid.).

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Léo Ferré l’exprime plus crûment : « On a l'habitude de dire que Mai 68 ça a avorté, mais ça n'est pas vrai du tout. Ça a été grandiose, malgré tout. Ça ne pouvait pas réussir, bien sûr, car ce n'est pas avec des pavés et des inscriptions merveilleuses sur les murs qu'on fait la révolution. Pour faire la révolution, il faut convaincre les cons. C'est pourquoi ça n'est pas possible » (Entretien avec Philippe Paringaux, Rock & Folk, janvier 1971, p. 96). Jacques Le Glou, dans son entretien déjà cité avec Raoul Bellaïche, a un tout autre avis sur Ferré et mai 68 (voir note p. xxx).

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Certes, les policiers de 68 ne ressemblaient pas aux actuels clones français de Robocop, terrifiants gladiateurs dont l’uniforme noir exprime à lui seul la violence et l’affrontement au contact. Mais le journal Action édité durant ces journées [en ligne] ou encore le documentaire de Jean-Luc Magneron Mai 68, la belle ouvrage (1969) soulignent tout de même la brutalité des « événements ».

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Arthur Cravan est mort à 31 ans, Jacques Vaché à 24 ans. L’expression « dadaïsme d'État » est employée par Debord dans Guy Debord son art et son temps (op. cit.) à propos des « colonnes de Buren » à Paris au Palais-Royal (emploi commenté par Anselm Jappe dans Guy Debord, 2020, op. cit., p. 199). Debord, qui s’était déclaré dadaïste dès avant son adhésion au lettrisme (cf. Le Marquis de Sade a des yeux de fille, op. cit., lettre à H. Falcou de la p. 60), resterait fidèle à « presque tout » ce qui caractérise ce mouvement (cf. « Mai 88 », LD, op. cit., p. 38). L’assimilation entre devenir vieux et avoir des idées périmées revient plusieurs fois dans les écrits de l’I. L. « Dénoncer le vieillissement des doctrines ou des hommes qui y ont attaché leur nom, c’est un travail urgent et facile pour quiconque a gardé le goût de résoudre les questions les plus attirantes posées de nos jours » : Debord, « Histoire de l’internationale lettriste » (1956), in Debord, Enregistrements magnétiques, op. cit., p. 55.

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Entretien de Michel Droit avec de Gaulle diffusé par l’ORTF le 7 juin 1968. Greil Marcus y fait allusion dans Lipstick traces, op. cit., p. 407. La bibliothèque personnelle de Debord comptait La France et son armée, de Charles de Gaulle (1938). Debord dit de lui : « C’était, je crois, avant tout un joueur qui n’aimait que le risque et le trouble. C’est là qu’il atteignit souvent à l’habileté, et, quelquefois, à la grandeur » (« Notes pour le projet “Apologie”, LD, op. cit., p. 246).

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Embarras du mythe et refus des admirateurs : GDC, vol. “0”, lettre du 28 févr. 1969.

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« Son corps s’empâte : les crises de goutte le font souffrir. En mai 1968, à 37 ans, il a du mal à se déplacer et est bien en mal de participer à la construction des barricades », n’hésite pas à dire Anna Trespeuch-Berthelot dans « Guy Debord et l’alcool : “la fidèle obstination de toute une vie” », Alcoologie et Addictologie, n°34, vol. 4, 2012, p. 302. On ne sait trop qui croire, et puis est-ce bien important ? En tous cas, une photographie montre Debord dans la Sorbonne occupée.

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Du moins à partir de l’été. En juin, « les situationnistes se perçoivent [à tort] comme une organisation clandestine traquée par les autorités françaises. À la fin du mois de juin 1968, Guy Debord s’exile à Bruxelles en faisant un détour par le Luxembourg et les Ardennes belges pour échapper à la poursuite fantasmée » : Anna Trespeuch-Berthelot « L’Interface situationniste et ses paradoxes », op. cit.

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Détournement d’Aragon : « La nuit n’a jamais la longueur qu’on veut », Le Roman inachevé, Paris, Gallimard (Poésie), 1956, p. 36.

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La phrase de Renan (sans l’adverbe « vraiment ») est ici réarrangée par Julien Benda dans ses chroniques Un régulier dans le siècle (1937) et citée par Pascal Engel, Les Lois de l’esprit. Julien Benda ou la raison, Paris, Les Éditions d’Ithaque, 2012, p. 150.

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Debord, « Notes pour le projet “Apologie”, LD, op. cit., p. 231.

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Recette : Debord, Correspondance, vol. 3 : janvier 1965 - décembre 1968, Paris, Arthème Fayard, 2003, lettre du 15 août 1968.

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Une exception : Michèle Bernstein, Tous les chevaux du roi (1960), op. cit.

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Champot, lieu-dit rattaché à la commune de Bellevue-la-Montagne (420 habitants) dans la Haute-Loire (Auvergne).

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Pouvoir de créer : Internationale Situationniste n°9, août 1964, p. 24.

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Descriptions misogynes : GDC, vol. 5, lettre du 25 mars 1974 ; GDC, vol. 4, lettre du 18 févr. 1972 ; tout au long des années 1960-70 s’agissant des « marsupiaux ».

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Debord, « Les Erreurs et les échecs... », op. cit., Un art de la guerre, p. 209.

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Premier « je t’aime » à Denise Cheype, GDC, vol. 2, lettre du 27 avr. 1964 ; deuxième à Michèle Mochot-Bréhat, ibid., le 8 juin.

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Piazza della Signoria : GDC, vol. 4, lettre du 7 déc. 1972.

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« Le temps passe... » : GDO, p. 127. Original : « Ah ! que nous avons bien raison de dire que nous passons notre temps ! Nous le passons véritablement, et nous passons avec lui » : Jacques-Bénigne Bossuet, Méditation sur la brièveté de la vie (1648), Œuvres, Paris, Gallimard (Pléiade), 1961, p. 1037 ; Bossuet reprend la formule dans le Panégyrique de saint Bernard (Bernard de Clairvaux, 1090-1153) prêché le 20 août 1656 à Metz (Bossuet ibid., p. 270).

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« L’âge et l’expérience... » : Bossuet ibid., p. 269. Sur cette même page se trouve la célèbre phrase : « Bernard, Bernard, disait-il, cette verte jeunesse ne durera pas toujours : cette heure fatale viendra qui tranchera toutes les espérances trompeuses par une irrévocable sentence ». L’idée, et le doublement du prénom, semblent chez Bossuet inspirés par Horace : « Hélas ! Postumus, Postumus, elles fuient les rapides années, et la piété ne retarde ni les rides, ni la proche vieillesse, ni la mort indomptée » (Horace, Odes, Livre II, Ode XIV : « À Postumus », 1er siècle av. J.-C., trad. de Leconte de Lisle, Paris, Alphonse Lemerre éd., 1873 ; ALW).

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Incertitude sur ce qui plaît : Debord, « Les Erreurs et les échecs... », op. cit., Un art de la guerre, p. 210.

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« Le temps passé parmi les délices », précise Bossuet (Panégyrique de Sainte Thérèse prêché le 15 oct. 1657 à Metz, Œuvres, op. cit., p. 407). Li Po : voir En face du vin, in Poésies de l’époque des Thang, op. cit., ALG. Il ne parle que de la fugacité des moments d’ivresse, mais puisqu’à ses yeux ils surpassent tous les plaisirs possibles... « Était-ce bien le vin qu'il aimait ? N'était-ce point plutôt l'étourdissement que procure l'ivresse ? l'oubli de cette vague inquiétude, de cette pensée de la mort qui l'obsédait sans cesse, et qu'on retrouve constamment dans ses vers ? Le mélange d'insouciance et de tristesse, qui fait le fond du caractère de [Li Po], se rencontre très-fréquemment parmi les membres de la grande famille chinoise. Il ne serait pas surprenant que cette disposition d'esprit du célèbre poète eût contribué beaucoup, pour sa part, à la vogue énorme de ses écrits » (marquis d’Hervey-Saint-Denys, Poésies de l’époque des Thang, op. cit., ALG).

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In girum..., GDO, p. 1370. Debord précise bien, ailleurs, que la phrase est de Dante (GDO, p. 1416). Traduction citée ici : Dante Alighieri, La Divine Comédie (circa 1320), trad. Félicité Robert de Lamennais, Paris, Flammarion, 1910, p. 5.

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« La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste » : Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer (1886), Paris, GF Flammarion, 2012, p. 531.

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« Quant è bella giovinezza, che si fugge tuttavia! » : début d’Il trionfo di Bacco e Arianna (connu aussi sous le nom de Canzona di Bacco), poème VII des Canti carnascialeschi (Chants de carnaval) écrits par Lorenzo de' Medici (Laurent de Médicis) vers 1490 : GDC, vol. 5, lettre du 9 avr. 1974. Mêmes préoccupations chez le plus mélancolique Omar Khayyám : « Hélas ! Le livre de la jeunesse a touché à sa fin/ Et l’hiver a succédé au doux printemps de la vie » (Robâiyât, op. cit. , p. 43). Et, bien avant encore, comme signalé ici p. xx, chez Horace (« elles fuient les rapides années »).

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La culture japonaise, et particulièrement le théâtre n_, fait grand usage de ce sentiment appelé mono no aware, soit « la triste impermanente beaut__ des choses » (traduction de Théo Lésoualc’h citée par Régis Fougère dans La représentation de la mort dans les “Cinq Nô modernes” de Yukio Mishima, thèse en ligne à l’Universit__ de Franche-Comt__, 2015 ; Fougère cite aussi la définition de Gérard Martzel dans son livre Le Dieu masqué. Fêtes et théâtre au Japon : « Une expérience de la déréliction donnant une nouvelle perception émotionnelle de la vie, et qui s’exprime par un raffinement se trouvant dans les choses fragiles portées à disparaitre »).

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« Dans un mois, cette clématite portera des fleurs pourprées » : Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, 1891.

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Influence d’Omar Khayyám : John Ruskin, cité à plusieurs reprises ici, a fait l’éloge des Quatrains (les robâïs, deux vers découpés en quatre hémistiches avec une rime de type a-a-b-a, cf. présentation des quatrains par H. Rezvianian dans son Robâiyât, op. cit., p. 13). Ernest Renan définissait Khayyám comme « mathématicien, poëte, mystique en apparence, débauch__ en réalit__, hypocrite consommé, mêlant le blasphème à l’hymne mystique, le rire à l’incrédulit__ ». Il ajoutait : « Des critiques exercés ont tout de suite senti sous cette enveloppe singulière un frère de Gœthe » (Renan, Rapport du 9 juil. 1868, Journal Asiatique, 6ème série, t. XII, Société Asiatique de Paris, Imprimerie impériale, 1868, p. 56 ; ALG).

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Omar Khayyám, Quatrains, ALG, op. cit. La traduction de H. Rezvanian est un peu différente : « Prends garde de divulguer ce secret à qui que ce soit :/ La tulipe, une fois fanée, ne refleurit jamais » (Robâiyât, op. cit., p. 95). Le carpe diem de Khayyám, confirme Rezvianian, est teinté par « la conception pessimiste du monde » qu’a le poète, qui ne voit dans le destin que « les fruits d’un pur jeu de hasard » (ibid., p. 15).

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Pandora : GDC, vol. 5, Note pour Simar Films du 2 avr. 1977.

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Albert Lewin a réalisé Le Portrait de Dorian Gray (The Picture of Dorian Gray, 1945) et Pandora (Pandora and the Flying Dutchman, 1951).

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Omar Khayyám, Robâiyât, op. cit., p. 40. La traduction publiée par Champ libre (cf. Quatrains, ALG) est un peu différente : « Ma venue ne fut d’aucun profit pour la sphère céleste. Mon départ ne diminuera ni sa beauté, ni sa grandeur ». Khayyám revient sur cette question dans un autre quatrain : « Avant que nous fussions, rien ne manquait au monde/ Il restera, tel quel, quand nous n’y serons plus » (Robâiyât, op. cit., p. 44).

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Bossuet, Méditation sur la brièveté de la vie, 1648, op. cit., p. 1035.

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Vieillir, mourir : Debord, « Notes pour la préparation des films… », LD, op. cit., p. 98.

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Laisser perdre : Debord, Critique de la séparation, 1961, in GDO, p. 548.

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Prévert : Debord, Le Marquis de Sade a des yeux de fille, op. cit., p. 23. Les Portes de la nuit est un film réalisé par Marcel Carné en 1946 ; on y entend Les Enfants qui s'aiment, paroles de Jacques Prévert et musique de Joseph Kosma.

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Artiste et écolière : Debord, « Notes pour la préparation des films… », LD, op. cit., p. 102. Cette note, combinée à la suivante (« Il faudra donc... ») fait beaucoup penser au final de ce « mélo masculin » par excellence qu’est le film de Paolo Sorrentino La Grande Bellezza (2013).

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Debord, « Notes pour le projet “Apologie” », LD, op. cit., p. 243. Paille est le surnom d’Éliane Pápaï, co-signataire du Manifeste de l’I. L. n°2 en 1953, épouse de Jean-Michel Mension (il décrit sa « sauvagerie » dans La Tribu, op. cit., où apparaît sa photo p. 47) puis de Jean-Michel Brau — elle écrira sa version de l’histoire dans Le Situationnisme ou la nouvelle internationale, paru aux Nouvelles éditions Debresse en 1968 (le livre porte en couverture le slogan « Marx est un vieux con quand c’est Raymond Aron qui en parle »). La même année, elle traduira Sweet Life (1966), le livre de photographies d’Ed van der Elsken pour les Éd. du Cercle d'art, sous le titre La Douceur de vivre. Une page en anglais des Avant-Garde Women, le blog de Jim Richardson, lui est consacrée sous le titre « Eliane Brau, the Invisible Icon ».

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Debord, « Notes pour le projet “Apologie” », LD, op. cit., p. 251.

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Debord, In girum..., op. cit., GDO, p. 1397

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Debord, Panégyrique 1, op. cit., GDO, p. 1671. Original : « Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours/ Ceux qui les passeront près d’elle » : André Chénier, La jeune captive, 1794 (Ode XI dans les Œuvres complètes, éd. d’H. de Latouche, 1819 ; ALW).

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Debord, Rapport sur la construction…, op. cit., GDO, p. 327.

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Debord, Rapport sur la construction…, op. cit., GDO, p. 327. Cette position de Debord n’est pas sans évoquer un passage quelque peu proustien d’un des premiers livres d’Emmanuel Berl : « La jeunesse a l’œil suffisamment héroïque pour regarder sans recul, dans le monde, les marques de la mort ; elle sait que la mort triomphe dès qu’on accepte que le désir ne suffise pas pour créer le réel » (Berl, Méditation sur un amour défunt, Paris, Bernard Grasset, 1925, p. 57-58).

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En 1973, dans un « relevé provisoire des citations et des détournements de La Société du spectacle » destiné à faciliter le travail des traducteurs, Debord signale que « les enfants perdus » est une « ancienne expression militaire pour ‘‘l’extrême avant-garde’’ » (GDO, p. 868). Par ailleurs il cita souvent (ou y fit allusion) la Belle leçon de Villon aux enfans perduz (« Beaux enfans, vous perdez la plus/ Belle rose de vo chapeau »...), qu’il avait pris la peine de recopier (François Villon, Le grand testament, 1461). Une bonne description des « enfants perdus » au sens militaire se trouve chez Pierre de Bourdeille, dit Brantôme : « Nos enfants perdus ne servent qu’à attaquer, & à faire quelques escarmouches légères, avant les battailles ; & lors qu’elles se sont accostées et meslées, ils se retirent » (Œuvres du Seigneur de Brantome, t. 5, Londres, Aux dépens du libraire, 1779, p. 306 ; ALA).

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Les Visiteurs du soir est un film de Marcel Carné (1942) ; on y entend la Complainte de Gilles, paroles de Jacques Prévert et musique de Maurice Thiriet, que chante le ménestrel Gilles (Alain Cuny, doublé par Jacques Jansen) envoyé par le diable et enchaîné parce qu’il est trop séduisant.

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Théophile Gautier, « La Farce du Monde. Moralité », en épigraphe à « Sous la table », Les Jeunes-France, romans goguenards, Charpentier, 1873 (ALW).

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GDC, vol. 5, lettre du 5 août 1973. « E non sapeva che’l tempo non si può aspettare, la bontà non basta, la fortuna varia, e la malignità non trova dono che la plachi » (Œuvres de Machiavel, vol. 3, Milan, Società Tipografica de’ Classici Italiani, 1804, p. 130). Le texte a pour sujet Piero Soderini, gonfalonier de Florence, qui interprétait mal ce qui se passait autour de lui car « il se voyait encore à la fleur de l’âge ». En français : « Il ignorait que le temps n’attend pas, que la bonté est impuissante, la fortune inconstante, la méchanceté insatiable » (Nicolas Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, 1532, trad. fr. in Œuvres complètes, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, 1952, p. 685. La traduction plus ancienne de J.-V. Périès, est un peu différente : « Ne sachant pas qu’il ne faut rien attendre du temps ; que la bonté ne suffit point ; que la fortune varie sans cesse, et que la méchanceté ne trouve aucun don qui l’apaise… » (Œuvres politiques de Machiavel, Paris, Charpentier et Cie, 1825, ALW). La plus récente aussi, qui conserve la double négation employée au début par Machiavel (plus juste mais moins satisfaisante à l’oreille) : « Il ne savait pas qu’on ne peut pas laisser passer le temps, que la bonté ne suffit pas, que la fortune varie et qu’il n’y a pas de don qui apaise la malignité » (Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, 1532, trad. fr. A. Fontana & X. Tibet, Paris, Gallimard, 2004, p. 494).

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Debord, « Les Erreurs et les échecs... », op. cit., Un art de la guerre, p. 210.

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« L'homme est semblable à un souffle, Ses jours sont comme l'ombre qui passe » : Psaume 144, Ancien Testament, Livre des Psaumes, version de Louis Segond, 1910 (ALW). « Il prête un corps à l'ombre vaine qui le captive » : Ovide, Les Métamorphoses, Livre III, dir. de la trad. Désiré Nisard, Paris, Firmin-Didot, 1850, p. 298 (ALW).

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« Il n'y a pas à discuter. Il n'y a pas à s'interroger. Il n'y a qu'à agir et mourir. Dans la Vallée de la Mort. Est monté le six-cents » (« Theirs not to make reply / Theirs not to reason why / Theirs but to do and die / Into the valley of Death / Rode the six hundred ») : Alfred Tennyson, poème The Charge of the Light Brigade, 1854 (ALW), à propos d’une charge de la cavalerie britannique consécutive à un ordre mal interprété, lors de la guerre de Crimée, à Sébastopol en 1854. Debord avait très tôt désiré avoir un extrait du film éponyme, réalisé par Michael Curtiz en 1936, pour l’insérer dans ses propres films, cf. Debord, « Notes pour la préparation des films… », LD, op. cit., p. 84.

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Debord, Le Marquis de Sade a des yeux de fille, op. cit., lettre du 11 févr. 1951, p. 83. Écho, volontaire ou non, de Jacques Vaché, qui écrivait à André Breton le 9 mai 1918 : « Comme tout est amusant ! et si on se tuait, aussi, au lieu de s’en aller ? » (Dans le sillage du météore désinvolte. Lettres de guerre 1915-1918, Paris, Points, 2015, p. 180).

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Jacques Vaché, lettre à Jeanne Derrien du 30 juin 1917, in Dans le sillage du météore désinvolte, op. cit., p. 160 (« cafard » est écrit entre guillemets). Lautréamont disait déjà « Si vous êtes malheureux, il ne faut pas le dire au lecteur. Gardez cela pour vous » (Poésies I, Librairie Gabrie, 1870, ALW).

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Le titre de cette section est volé à Paul Valéry, Mauvaises pensées et autres, in Œuvres t. II, Paris, Gallimard (Pléiade), 1960, p. 803.

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Debord, « Sur les difficultés de la traduction de Panégyrique 1 » : GDO, p. 1686.

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GDC, vol. 3, lettre du 8 mars 1965. Beaucoup de lecteurs non prévenus sont rebutés, de nos jours encore, par l’aridité et l’aspect gnomique de La Soxiété du spectacle, qui contrastent avec la célébrité de l’expression « société du spectacle ». Il est vrai qu’en politique comme en art, tout au long du XXème siècle, « les avant-gardes prononçaient des phrases dont tous avaient besoin, mais elles le faisaient dans une langue qui n’est pas devenue la langue du monde » (Alessandro Baricco, Les Barbares. Essai sur la mutation (2006), trad. fr., Paris, Gallimard, 2014, p. 158). Cependant, les lecteurs déroutés peuvent se tourner vers les Commentaires sur la société du spectacle, écrits 21 ans plus tard et plus faciles à lire.

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Barthes à propos de Joseph De Maistre : Compagnon, Les Antimodernes, 2005, op. cit., p. 150.

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« À l’école... noblesse » : phrase volée à Victor Cherbuliez, « Le Prince Vitale, essai et récit à propos de la folie du Tasse », Revue des Deux Mondes, 2e période, t. 46, 1863, p. 368 (ALG).

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Baldassare Castiglione a fait connaître la sprezzatura par Le Livre du courtisan (Il Libro del Cortegiano, 1528), réédité par Champ libre en 1987 sur les conseils de Debord.

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Debord et Sanguinetti, La véritable scission dans l'Internationale, op. cit., GDO, p. 1108.

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Individus ou groupes approuvant les idées situationnistes ou (suivant les usages du mot) vus comme tels. Ils constituent « la manifestation d’une aliénation profonde de la partie la plus inactive de la société moderne devenant vaguement révolutionnaire » (Guy Debord et Gianfranco Sanguinetti, La véritable scission dans l’Internationale, Paris, Champ libre, 1972, p. 1107).

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« Le style est l’homme même » : Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, Sur le style, Discours de réception du 25 août 1753, en ligne sur le site de l’Académie française. Buffon affirmait cela, « non pour défendre une absolue singularité de l’expression personnelle mais pour dire, dans la droite lignée de Lamy, que le style engage toutes les facultés de l’homme dans sa quête d’une parfaite adéquation de son dire à la chose, qu’il le distingue aussi par là de toutes les autres créatures » (allusion à « Lamy » : il s’agit de Bernard Lamy, l’auteur de La Rhétorique ou l'art de parler, 1675). Alors que la formule de Buffon est désormais surtout citée, à rebours des préoccupation situationnistes, « pour en faire le mot d’ordre tant d’une esthétique de l’expressivité que d’une manière nouvelle et souvent caricaturale de penser le style d’auteur » : Jacques Dürrenmatt, « “Le Style est l'homme même”. Destin d'une buffonnerie à l'époque romantique », Romantisme, vol. 148, n°2, 2010, p. 64.

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Debord, « Sur les difficultés de la traduction de Panégyrique 1 », op. cit., GDO, p. 1687.

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Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot citent l’exemple d’une femme de la bonne société qui lâche tout à trac « Ça avait une gueule folle » : Voyage en grande bourgeoisie. Journal d’enquête , Paris, PUF, 2005, p. 43. Debord peut lui aussi se laisser aller à écrire : « Bizot déconne » (« Cette mauvaise réputation... », op. cit.).

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Buffon, Sur le style, op. cit. Détournement par Debord dans Panégyrique 1, 1989, GDO, p. 1660.

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Debord, « Sur les difficultés de la traduction de Panégyrique 1 », ibid.

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Barthes voyait dans ce tour une attention à la « puissance de retombée » : Œuvres complètes t. III 1974-1980, Éd. du Seuil, Paris, 1995, p. 892. Le Cardinal de Retz a gagné une place au sein de l’imaginaire commun pour avoir dit, dans cette optique : « on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens », quoique la phrase ne figure pas dans ses Mémoires et que sa source ne soit pas sûre. Plus simplement, Buffon assurait que « les ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront à la postérité » (Sur le style, op. cit.).

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Debord, « Notes pour la préparation des films… », LD, op. cit., p. 84

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Debord, Critique de la séparation, 1961, op. cit., GDO, p. 549.

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Debord, « Sur les difficultés... », op. cit., GDO, p. 1687.

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L’ironie perd son effet lorsqu’on en abuse, écrit Debord aux rédacteurs de l’Encyclopédie Des Nuisances ; en outre, elle « est un peu dépassée, objectivement, par la grossièreté unilatérale de la marche du monde ». Elle ne peut plus « désespérer l’ennemi », car celui-ci « n’a plus aucun terrain commun avec vous, même sur le plan de la logique formelle ». Il faut la remplacer par « la critique à la hache, la dénonciation menaçante » (GDC, vol. 6, lettre du 16 sept. 1985). Isidore Ducasse disait déjà beaucoup de mal de l’ironie, cet « éteignoir qui déplace la justesse de la pensée » (Poésies I, Librairie Gabrie, 1870, ALW).

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Compagnon, Les Antimodernes, 2005, op. cit., p. 145. La lignée remonte à Karl Marx, dont l’essai Misère de la philosophie (1847) inverse, dans son titre, le Philosophie de la misère de Pierre-Joseph Proudhon (1846).

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La réversion marxienne « choses de la logique vs. logique des choses » était également du goût de Pierre Bourdieu, qui l’a mobilisée pas moins de six fois dans son œuvre, cf. Éric Gilles, « Marx dans l'œuvre de Bourdieu. Approbations fréquentes, oppositions radicales », Actuel Marx, vol. 56, n°2, 2014, p. 147-163 [en ligne]. L’une des six est citée dans le présent livre : voir notes de la p. xx.

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Jappe, Guy Debord, 2020, op. cit., p. 126.

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À propos des Jeune-France, les romantiques de 1830 : « Je les regardais avec une surprise où se mêlait quelque crainte, je disais : “Quels sont ces gens-là ?” On levait les épaules en me répondant : “Ce sont des fous”. Théo m'a dit souvent : « Notre rêve était de mettre la planète à l'envers ». Elle tourne toujours sur le même axe, la pauvre planète, et, depuis ces jours lointains, elle en a vu bien d'autres ! » Maxime Du Camp, Théophile Gautier, Paris, Librairie Hachette, 1890, p. 33 (ALA).

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« Histoire de l’internationale lettriste » (1956), in Debord, Enregistrements magnétiques, op. cit., p. 48 — Casablanca est un film de Michael Curtiz sorti en 1942.

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Debord & G. J. Wolman : « Mode d’emploi du détournement », Les Lèvres nues n°8, mai 1956, in GDO, p. 222.

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« Il est beau (…), surtout, comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ! » : Comte de Lautréamont, Les Chants de Maldoror, Chant sixième, Éd. E. Wittmann, 1874 ; ALW. Lautréamont passe pour avoir détourné Buffon, Pascal, Vauvenargues, Musset, Gautier, etc. « On sait que Lautréamont s'est avancé si loin dans cette voie qu'il se trouve encore partiellement incompris par ses admirateurs les plus affichés » (Debord & G. J. Wolman, « Mode d’emploi du détournement », op. cit., p. 223).

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Debord et Wolman suggèrent de projeter Naissance d’une nation (Birth of a nation, D. W. Griffith 1915) avec « une bande sonore qui en ferait une puissante dénonciation des horreurs de la guerre impérialiste et des activités du Ku-Klux-Klan » (« Mode d’emploi du détournement », op. cit., p. 228). Leur suggestion a été suivie, sans référence à leur texte il est vrai, par Paul D. Miller (sous son nom de musicien DJ Spooky) en avril 2017, avec son Rebirth of a nation, performance au Kennedy Center for Performing Arts de New York (voir reportage dans The Atlantic).

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Debord & G. J. Wolman, « Mode d’emploi du détournement », op. cit., p. 229.

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Pastiche de Villon : Debord, Panégyrique 1, op. cit., GDO, p. 1667.

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Pastiche de Chateaubriand : Debord, Panégyrique 1, op. cit., GDO, p. 1675.

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Proust, « Journées de lecture », préface à sa traduction du livre de John Ruskin Sésame et les lys ; 3e éd., Paris, Sociét__ du Mercure de France, 1906, repris dans Pastiches et mélanges, Paris, Gallimard, 1919, p. 221. On notait déjà chez Debord dans In girum..., 1978, op. cit. (surtout dans la deuxième moitié du film) l’usage systématique de l’imparfait et celui du vocabulaire militaire.

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Debord, Ordures et décombres déballés à la sortie du film In girum imus nocte et consumimur igni par différentes sources autorisées, Paris, Champ libre, 1982, rééd. Gallimard, 1999. On trouve déjà dans Potlatch n°14 du 30 nov. 1954 une copie intégrale d’une critique (d’obédience surréaliste, en l’occurrence).

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Swift, Journal de Holyhead (1727), trad. fr., Arles, Sulliver, 2002, p. 10 (ce livre a été réédité par Allia en 2009). Debord cite Swift ailleurs (son Introduction aux Voyages de Gulliver) dans In girum..., op. cit., GDO, p. 1350. Et fait passer quantité de critiques à la postérité en les incluant dans « Cette mauvaise réputation... », op. cit.

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Le titre de cette section, qui désigne la maison de Champot, est emprunté à Debord, Panégyrique 1, op. cit., GDO, p. 1674.

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GDC, vol. “0”, lettre du 2 août 1957.

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Films visés, dans l’ordre chronologique : Traité de bave et d'éternité, Isidore Isou, réalisé en 1951, projeté en mai 1951. L'Anticoncept, Gil J. Wolman, réalisé en 1951, projeté en février 1952 (flashes de disques blancs entrecoupés de noir, à projeter sur ballon-sonde). Hurlements en faveur de Sade, Guy Debord, scénario publié en avril 1952 (avec le projet d’inclure des images récupérées et de la « pellicule brossée », ce qui l’aurait fait ressembler au Traité de bave et d'éternité, ainsi que des plans noirs), film réalisé (avec, en définitive, une pellicule composée uniquement d’images translucides, c’est-à-dire totalement surexposées, et d’images noires, c’est-à-dire non exposées avant développement) et projeté en juin 1952.

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La Société du spectacle resta cinq semaines à l’affiche à partir du 1er mai 1974, pour atteindre 9 884 entrées, soit la 452ème place des films sortis en 1974 : Anna Trespeuch-Berthelot, « Les Vies successives de La Société du spectacle de Guy Debord », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, vol. 2, n°122, 2014. Emmanuelle, le n°1, trouva 8 894 024 spectateurs.

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Pierre Étaix : allusion à son film Pays de cocagne (1970). Jean-Luc Godard : allusion à ses films Masculin féminin (1966) et Deux fois cinquante ans de cinéma français (coréalisé avec Anne-Marie Miéville ; 1995).

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GDC, vol. 6, lettre du 23 mars 1984 (l’assassinat s’était produit le 5 de ce mois). Une réversion dûe à Emmanuel Berl, à propos du climat politique de l’entre-deux guerres, illustre bien ce souci situationniste de ne pas verser dans la doctrine : « On “prenait donc des positions”. On ne s’apercevait pas que c’était au contraire la position qui venait de vous prendre ». (Berl, Sylvia, Paris, Gallimard (Folio), 1952, p. 156.

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Debord, Considérations sur l'assassinat de Gérard Lebovici, 1985, in GDO, p. 1564. Trois ans après cet assassinat, Debord commença à amasser le documentation sur Jean-Louis Fargette, parrain toulonnais (à la vie haute en funestes couleurs, s’il faut en croire Wikipedia, en ligne), mort assassiné en 1993 à l’âge de 45 ans. Mais il ne mena pas ce projet (d’ouvrage ? se demandent les conservateurs de la B. N.) à bien.

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GDC, vol. 7, lettre du 12 sept. 1990.

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GDC, vol. 7, lettre du 23 févr. 1990 (il envoie sa propre biographie à Malcolm Imrie).

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GDC, vol. 7 ; je suis « largement en sympathie avec votre conception », écrit-il à Marcuse le 2 sept. 1989.

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« En matière de pensée et d’art, il a tenu pour néant tous les plus grands penseurs du siècle, de Sartre à Foucault, de Barthes à Lacan » : Debord, « Les Erreurs et les échecs... », op. cit., Un art de la guerre, p. 212.

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99% des Français adultes des années 1960 à 80 se sont contentés de hausser les épaules face au maoïsme et au structuralisme, et n’ont jamais été interviewés par des journalistes ni ne leur ont fait les yeux de Chimène.

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Récupéré : cf. Jean Baudrillard déclarant « [Les situationnistes] sont devenus une sorte de référence obligée. La Société du spectacle fait partie de n’importe quel discours ministériel. Ça fait partie aussi de la panoplie glorieuse de [Philippe] Sollers. Maintenant ça y est, tout est arrivé » (Baudrillard à l’émission Première Édition, de France Culture 15 octobre 1999, cité par Anna Trespeuch-Berthelot, « Les Vies successives... », op. cit.).

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« Comme dans tout maladie incurable, on gagne beaucoup à ne pas chercher, ni accepter, de se faire soigner » : Intertitre de Guy Debord, son art et son temps, 1994, textes du film repris dans GDO, p. 1878.

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Lacenaire, Mémoires (1836), op. cit., p. 7.

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« À partir des années 1990, le livre figure dans les meilleures ventes “essais” : les éditions Gallimard ont écoulé 113 760 exemplaires de sa version ”Folio” entre 1996 et 2009 » : Anna Trespeuch-Berthelot, « Les Vies successives... », op. cit.

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Pour justifier la somme (2,7 millions d’euros), le Ministère de la Culture et de la Communication a présenté Debord comme « l’un des penseurs contemporains français les plus importants » (Journal officiel de la République française du 4 févr. 2010, cité par Anna Trespeuch-Berthelot, « Les Vies successives... », op. cit.).

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Pour donner une idée de cette notion de « trésor national » : un exemplaire de la première édition de La Société du spectacle annoté de la main de Debord (écriture formellement identifiée par Michèle Bernstein, exemplaire vendu par un authentique situationniste, François de Beaulieu), est parti à 27 500 € chez Christie’s le 20 févr. 2019. Il avait été mis à prix 12 000. Les commissaires-priseurs avaient tout fait, sans vergogne, pour transformer la chose en relique : « Couverture un peu usagée avec une auréole en bas à droite sur la première de couverture. Une tache de vin rouge peut-être, sur un exemplaire au dos ridé dont nous avons la faiblesse de penser qu’il a dû traîner sur une table de bistrot lors d’une de ces dérives si chères aux “situs” » (on note l’effort de connivence et de familiarité dans l’emploi du diminutif de « situationnistes »). Source : site officiel. Plus « spectaculaire » encore, la vente des lettres de Debord : le 27 mai 2013, la maison Artcurial a adjugé 58 797 € une « correspondance à Jean-François Martos, 1981-1990 » et 40 209 € une « correspondance inédite à Sean Wilder 1965-1967 ». L’amour rapporte moins que l’agitation politique : les lettres à Michèle Mochot-Bréhat, elles, n’ont « fait » que 9 750 € chez Aguttes le 13 oct. 2020. L’article balance entre indignation et ironie (« Comment imaginer spectacle plus comique ? ») : Pierre-André Taguieff, « Guy Debord se donne en spectacle », Le Figaro du 11 juin 2009.